On a toutes fait ça : regarder le ciel gris du matin, décider qu’il ne fait pas vraiment beau, et zapper la crème solaire. C’est une erreur, et une erreur très répandue. Faut-il appliquer une crème solaire quand le ciel est couvert ? La réponse courte est oui, et la réponse longue explique pourquoi les nuages ne font pas vraiment ce qu’on croit. Voilà ce qu’il faut comprendre.
Ce que les nuages filtrent vraiment
Les nuages bloquent une partie du rayonnement solaire, c’est vrai. Ils absorbent et diffusent la lumière visible, ce qui explique pourquoi on voit moins bien quand le ciel est couvert. Mais les rayons UV, eux, ne se comportent pas comme la lumière visible. Un ciel nuageux filtre en moyenne entre 20 et 40 % des UV, ce qui signifie qu’entre 60 et 80 % des rayons UV atteignent quand même votre peau.
Et dans certaines conditions, les nuages peuvent même amplifier les UV. Quand le soleil se trouve juste en bordure d’un nuage, les rayons se réfléchissent sur sa surface et peuvent atteindre la peau avec une intensité supérieure à un ciel parfaitement dégagé. Ce phénomène est bien connu des météorologues et des dermatologues, même s’il reste moins documenté grand public.
La leçon : l’absence de chaleur et de soleil visible ne signifie pas l’absence de rayons UV. Ce sont deux choses différentes.
UVA et UVB : pourquoi la distinction compte par temps couvert
Il existe deux types de rayons UV qui atteignent la surface de la Terre : les UVB et les UVA.
Les UVB sont responsables des coups de soleil. Ils varient selon la saison, l’heure et les conditions météorologiques, et les nuages en filtrent une partie. C’est pour ça qu’on n’attrape généralement pas de coup de soleil par temps très couvert en hiver.
Les UVA, eux, sont présents de façon beaucoup plus constante tout au long de l’année, quelle que soit la météo. Ils représentent environ 95 % des UV qui atteignent la surface de la Terre, traversent facilement les nuages, et pénètrent plus profondément dans la peau que les UVB. Ce sont eux qui sont principalement responsables du vieillissement cutané précoce, des taches pigmentaires, des boutons de soleil, et ils jouent aussi un rôle dans le risque de cancer cutané à long terme.
Donc même quand les nuages filtrent une partie des UVB et évitent le coup de soleil visible, les UVA continuent leur travail en silence sur votre peau. Pas d’inconfort immédiat, mais des effets cumulatifs sur la durée.
Le mythe du « pas assez beau pour mettre de la crème »
Ce réflexe est très ancré, et complètement compréhensible. La crème solaire, on l’associe à la plage, au soleil, à la chaleur. Quand il fait gris et frais, ça semble superflu, voire un peu absurde.
Le problème, c’est que ce raisonnement confond le ressenti thermique avec l’exposition UV. On peut avoir froid et recevoir quand même une dose significative d’UVA. C’est d’ailleurs pour ça que les coups de soleil en montagne peuvent être si violents : il fait frais, il y a de la neige, on ne se protège pas, et les UV sont pourtant beaucoup plus intenses qu’en bord de mer parce que l’atmosphère est plus fine à altitude.
Par temps couvert, on reste souvent dehors plus longtemps aussi, parce qu’on n’a pas chaud. L’exposition cumulée peut donc être aussi importante qu’une journée ensoleillée passée à l’ombre.

Quand la protection solaire par temps couvert est vraiment importante
Certaines situations augmentent le risque même par temps nuageux :
- En altitude : chaque 1000 mètres de dénivelé supplémentaire augmente l’intensité des UV d’environ 10 à 12 %. En montagne sous un ciel couvert, l’exposition reste significative.
- Près de l’eau, de la neige ou du sable : ces surfaces réfléchissent les UV même par temps couvert. La neige peut réfléchir jusqu’à 80 % des UV, ce qui peut doubler l’exposition effective.
- Si vous avez une peau claire (phototypes I et II) : votre peau produit moins de mélanine et filtre donc moins bien les UV, quelle que soit la météo.
- Si vous prenez des médicaments photosensibilisants : certains antibiotiques, antifongiques ou contraceptifs oraux augmentent la sensibilité de la peau aux UV.
- Après un peeling, un laser ou une exfoliation intense : la peau est temporairement plus vulnérable aux UV, et une protection est indispensable même par temps gris.
Faut-il mettre la même crème que par beau temps ?
Pas nécessairement le même SPF élevé dans tous les cas, mais une protection reste utile. Quelques repères :
- Pour un usage quotidien en ville par temps couvert, une crème de jour avec SPF 30 intégrée dans votre routine suffit généralement. Elle protège contre les UVA et une partie des UVB sans alourdir la routine ou le maquillage. Beaucoup de crèmes hydratantes de jour intègrent déjà ce niveau de protection.
- Si vous prévoyez de passer une longue journée en extérieur, même sous un ciel couvert, en montagne ou en bord d’eau, montez à SPF 50 et renouvelez l’application toutes les deux heures, comme par beau temps.
La nuance importante : un SPF 30 protège contre environ 97 % des UVB, un SPF 50 contre environ 98 %. La différence semble faible, mais elle compte pour les peaux sensibles ou après certains traitements cutanés.
Comment intégrer la protection solaire au quotidien sans y penser
L’argument qu’on entend souvent : « Je ne vais pas mettre de la crème solaire tous les matins toute l’année, c’est contraignant. » C’est compréhensible. Mais il existe des façons de l’intégrer sans y ajouter une étape supplémentaire.
- Choisissez une crème hydratante de jour avec SPF intégré pour le visage. Vous hydratez et protégez en une seule étape, sans texture supplémentaire sous le maquillage.
- Optez pour un fond de teint ou une BB crème avec SPF si vous vous maquillez le matin. Certains offrent jusqu’à SPF 30 ou 50 (et cela ne vous empêchera pas de bronzer !)
- Les sprays solaires transparents permettent de renouveler facilement la protection en journée par-dessus le maquillage, sans tout effacer.
- Pour le corps, un lait corporel avec SPF léger (SPF 15 à 20) au quotidien limite l’accumulation d’UVA sur les zones exposées comme les mains et le décolleté, souvent oubliées.
Faut-il appliquer une crème solaire quand le ciel est couvert ? Oui, parce que les nuages ne filtrent qu’une partie des UV, et les UVA passent presque intégralement quelle que soit la météo. Ce n’est pas une question de prudence excessive : c’est juste que le ressenti thermique et l’exposition UV sont deux choses distinctes. Une crème de jour avec SPF 30 intégrée à la routine du matin suffit pour la plupart des journées nuageuses. Pour les expositions prolongées en extérieur, on monte à SPF 50 et on renouvelle.

